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diumenge, 13 de setembre de 2015


François Musseau

La Diada, la fête nationale catalane, vendredi, ouvre la campagne électorale des législatives anticipées du 27 septembre. Des centaines de milliers de gens envahiront l'immense avenue Meridiana, à Barcelone

Vers 22 heures mardi, face au palais de la Generalitat (l'exécutif régional de Catalogne), la place Sant Jaume pleine à craquer était le théâtre d'un spectacle inaugurant en grande pompe la Diada, la fête nationale catalane qui a lieu chaque 11 septembre. Ce vendredi, des centaines de milliers de gens envahiront l'immense avenue Meridiana, toujours à Barcelone, pour revendiquer leur singularité et réclamer une nouvelle fois à Madrid l'autodétermination de leur région.

Cette année, ce rituel collectif recouvre une importance décisive. La Diada ouvre en effet la campagne électorale des législatives anticipées du 27 septembre où les quelque 5 millions de votants catalans devront se prononcer pour ou contre l'indépendance: la liste favorite, Junts pel Si (Ensemble pour le oui), a annoncé qu'en cas de victoire (probable) à la majorité simple, un processus constituant sera lancé et devrait déboucher, dix-huit mois plus tard, sur une déclaration unilatérale d'indépendance.

Une hypothèse qui, à Madrid, provoque une peur panique. Le ministre de la Défense, Pedro Morenés, a laissé entrevoir mardi l'option d'une intervention militaire si les acteurs séparatistes n'agissent pas selon la légalité en vigueur.

80% pour un référendum

La Diada, c'est par excellence le baromètre du sentiment nationaliste. Or, depuis 2012, cette manifestation historiquement folklorique s'est transmuée en une considérable caisse de résonance des frustrations d'une bonne majorité des 7,5 millions de Catalans. Selon les enquêtes d'opinion, environ 80% sont favorables à la tenue d'un référendum dont Madrid ne veut pas entendre parler. D'autant que le phénomène va crescendo, avec pour seul objectif la séparation ou, au moins, la tenue d'une consultation négociée avec le pouvoir central. Le 11 septembre 2012, un gros million de gens envahissaient les rues de Barcelone; en 2013, une immense chaîne humaine reliait la Catalogne du nord au sud; en 2014, 1,5 million formaient le «V» de «Vote» le long de deux avenues barcelonaises.

Aujourd'hui, les instigateurs de la Diada ont visé un cran au-dessus: les participants formeront une mosaïque de couleurs en direction du parlement régional, dans le centre de Barcelone, avec pour slogan «ouvrons la voie de la liberté et obtenons la République catalane». A l'origine de cette clameur, l'Assemblée nationale catalane (ANC), un puissant mouvement citoyen qui a organisé les «11 septembre» de ces dernières années. «Ce qui caractérise le mouvement souverainiste ici, confie son président Jordi Sanchez, un professeur de sciences politiques, c'est le rôle prépondérant de la société civile. Sans l'ANC, jamais l'exécutif nationaliste d'Artur Mas n'aurait pu lancer ce défi à un adversaire aussi puissant.»

Les obstacles paraissent en effet infranchissables. L'ensemble des partis espagnols sont opposés à une sécession catalane. Le gouvernement du premier ministre Mariano Rajoy refuse tout dialogue avec les séparatistes. Il vient même de faire approuver à toute allure une réforme du Tribunal suprême l'autorisant à suspendre de ses fonctions le chef du gouvernement catalan si celui-ci en venait à déclarer l'indépendance de façon unilatérale. «Artur Mas et les siens se sont mis dans une impasse, a réitéré Mariano Rajoy. Il est absurde de vouloir quitter l'Union européenne et la zone euro, ou, pire, de dresser de nouvelles frontières.»

Même son de cloche chez Joaquim Coll, à la tête d'un collectif citoyen catalan – Societat Civil – qui défend, lui, l'appartenance à l'Espagne: «Une grosse partie des gens refusent cette rupture. Et prennent leurs distances avec un discours officiel associant le reste de l'Espagne à un ennemi.»

«Période de turbulences»

Reste que la fronde séparatiste n'a cessé de gagner en puissance. «Nous entrons dans une période de turbulences», a lancé Duran Lleida, un leader nationaliste modéré. Soutenu par l'ANC, Artur Mas parle d'une situation de non-retour avec le pouvoir central, accusé de «spolier fiscalement la Catalogne» (à hauteur de 16 milliards d'euros par an). «A mon sens, c'est beaucoup plus qu'une histoire d'argent, c'est une question de dignité, défend Quim Torra, à la tête d'Omnium, une organisation séparatiste comptant 52 000 membres. Un grand nombre de Catalans ont la sensation d'être quantité négligeable au sein de l'Etat espagnol. Et, croyez-moi, tant que ce sentiment prévaudra, le conflit perdurera.»

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